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Chers frères et sœurs,
1. Au terme de cette année jubilaire, notre reconnaissance est grande face au Seigneur ! De nombreux évènements vécus, un magnifique rassemblement Jubiléo, les pèlerinages à Rome, Lourdes, Notre-Dame de Paris et aussi, chez nous, auprès de Notre-Dame des Miracles, ont permis de nombreuses démarches de foi personnelle. Dieu a ravivé en bien des cœurs l’espérance qui ne déçoit pas, venant même surprendre celles ou ceux qui pensaient l’avoir perdue ; continuons à la partager, pour qu’elle nous transforme définitivement.
2. Car l’espérance chrétienne est solide. Dieu a tout donné pour que nous soyons tout à Lui, et que la victoire sur le mal soit définitivement acquise. Habités de multiples préoccupations pour la vie de notre monde, nous oublions parfois que nous sommes dans la main de Dieu. Le bonheur paisible auquel nous aspirons est bien une réalité, et non une illusion. Cette affirmation de foi, n’a-t-elle pas la capacité de transformer notre regard et notre implication dans ce monde que nous savons définitivement aimé de Dieu ? Le Jubilé, anniversaire de l’incarnation de Dieu en Jésus – Dieu avec nous – laissera-t-il un simple souvenir de célébrations, ou fera-t-il date, avec une foi et un engagement renouvelés de chacune et chacun ? Notre témoignage rendu à Jésus-Christ est, en effet, d’autant plus fort qu’il porte avec espérance les combats, les joies et les tristesses de ceux avec qui nous vivons et travaillons.
3. Le diocèse tout entier doit accueillir l’avenir avec espérance, et stimuler aussi la confiance de celles et ceux qui habitent avec nous. J’ai ainsi voulu vous adresser cette lettre pastorale en désignant les priorités sur lesquelles nous engager dans les trois prochaines années. Jésus ressuscité confirme ses disciples dans la belle mission qu’ils reçoivent : “A vous d’en être les témoins !” (Lc 24, 48). De multiples “conversations dans l’Esprit”, conduites au long de cette année jubilaire pour discerner ce que le Seigneur nous demande aujourd’hui, sont venues confirmer en moi ce que j’ai reçu de vous au travers des visites pastorales, et que je vous ai restitué déjà sous forme d’appels ou d’encouragements. J’ai mesuré combien l’engagement de l’Église dans la cité était attesté par votre témoignage de proximité, et combien vous aviez souvent de belles ressources pour annoncer l’Évangile, là où vous habitez, en paroles et en actes. Il nous faut continuer et porter cet élan de foi ensemble.
4. Les orientations de cette lettre valent, non seulement pour nos paroisses, mais elles valent pour chacune, chacun de nous, membres d’un même diocèse, d’une même Église appelée à témoigner de Jésus-Christ en Val-de-Marne. Mais elles ne seront rien sans l’implication de tous pour leur donner chair. J’invite donc chaque fidèle à se saisir des pistes de travail qui sont proposées pour chacune des orientations, et à les partager avec d’autres. Par le baptême, le Seigneur nous a manifesté sa confiance et son appel à être membre de son Église en Val-de-Marne. Répondons-lui généreusement pour que, de toutes nos communautés – paroisses, mouvements, communautés religieuses – retentisse, petit à petit, un chant commun qui indique la Passion/Résurrection de Jésus comme source d’une espérance à partager. Ainsi, tous entendront en qui nous avons mis notre espérance, les appelant avec douceur et respect à se laisser toucher par cet Amour de Dieu qui sauve et guérit. Disciples de Jésus qui nous manifeste cet amour, comment ne pas avoir le désir de le communiquer ? Nombreux sont ceux qui l’attendent. Pour eux, il nous faut redoubler d’ardeur pour Annoncer, Oser faire signe et Marcher ensemble.
Annoncer Jésus Sauveur et en vivre
5. Annoncer Jésus Sauveur et en vivre sont les deux faces par lesquelles un témoin se révèle authentique. Notre témoignage, attendu de ceux qui guettent une espérance possible, ne pourra jamais faire l’économie de ces deux dimensions. Quelle est donc mon expérience personnelle de Jésus Sauveur ? Quelles en sont les conséquences transformantes dans ma vie ? Ne serait-ce pas de cette expérience dont nous devons nous parler, entre nous, et avec nos proches ? Les mots nous viendront alors aisément pour rendre compte largement, avec douceur et respect, de notre foi en Jésus.
– S’enraciner
6. Comme pour toute relation structurante de notre vie, il est nécessaire de soigner notre vie spirituelle. Jésus lui-même alertait ses disciples : “Veillez et priez, de peur que vous ne succombiez à la tentation ; car l’esprit est ardent, mais la chair est faible” (Mt 26, 41). Ne gâchons pas notre chance d’avoir des frères et des sœurs avec qui prier, lire la Bible, relire les évènements vécus pour y déceler la présence de Dieu marchant à nos côtés, apprendre à écouter sa Parole et la mettre en pratique… Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, découvrent Jésus, en se laissant toucher par cette présence fidèle de Dieu dont témoignent les chrétiens. Veillons à rester éveillés, nous-même, à cette Présence, au souffle de l’Esprit-Saint qui nous aide à mieux connaître Jésus, pour mieux l’aimer et le suivre.
– Témoigner
7. Faire connaître Jésus demande de nous exposer par notre témoignage de vie. Les résistances à le faire sont nombreuses. La timidité ou la volonté de discrétion nous retiennent souvent, risquant de laisser notre relation à Dieu dans le registre du privé. Et pourtant, cette annonce nous est bien confiée ; qui pourra connaître l’Amour de Dieu si personne n’en parle ? Il importe alors d’apprendre à témoigner du Kérygme – le cœur du message chrétien – qui est simplement l’annonce la plus courte et indispensable qui soit. Elle est ainsi décrite par le pape François : « Jésus Christ t’aime, Il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant Il est vivant à tes côtés, chaque jour, pour t’éclairer, te fortifier, te libérer…” A cette affirmation, il convient d’ajouter : « Nous en sommes témoins”. Il nous faut apprendre à dire cela avec nos mots, et nous y encourager mutuellement. Nous avons reçu cette annonce un jour, en notre cœur, parce que d’autres nous l’ont portée. À nous aujourd’hui de prendre le relais !
– Annoncer ensemble
8. Chrétiens, nous marchons parfois en ordre dispersé, et parfois aussi divisés. Les Évangiles nous laissent pourtant ce témoignage de Jésus, qui prie pour que nous sachions dépasser ce qui nous divise, en Jn 17, 21 : “Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.” En Val-de-Marne, beaucoup d’Églises sont présentes aux cotés de notre Église catholique. Soyons audacieux dans la rencontre fraternelle avec les communautés chrétiennes d’autres confessions. À cause de cette prière de Jésus, creusons le désir de mieux nous connaître et de comprendre ce qui nous sépare, tout en nous réjouissant de pouvoir annoncer ensemble le Sauveur.
Oser être signe
9. L’annonce s’accompagne de signes (Mc 16, 17-18). Lorsque Jean-Baptiste envoyait ses disciples demander à Jésus s’il était bien le messie, ou s’il fallait en attendre un autre, Jésus fit répondre avec des signes concrets et visibles : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle” (Mt 11, 4-5). L’Évangile s’annonce encore aujourd’hui, non seulement en paroles, mais aussi en actes qui ne trompent pas et font signe.
– Vivre et agir en chrétiens
10. Le signe est le plus souvent porté par une vie évangélisée… « Il ne peut y avoir deux vies parallèles, rappelle Jean-Paul II dans son exhortation sur l’apostolat des laïcs, d’un côté la vie qu’on nomme spirituelle avec ses “valeurs” et ses “exigences” ; et de l’autre, la vie dite séculière, c’est-à-dire la vie de la famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles.” (n°59). Nous sommes appelés à être témoin, là où nous avons les pieds. Cette lettre, ne pourrait-elle pas être l’occasion pour tout laïc d’approfondir ce qu’est véritablement cet apostolat des baptisés, non seulement en paroisse, mais en plein monde ? C’est, en effet, la part la plus importante et la plus féconde de la mission de l’Église. De nombreux catéchumènes nous renvoient cela avec force, eux qui ont entendu parler de Jésus dans leur famille, à leur travail ou dans leur immeuble. Les mouvements et associations de fidèles sont ici une aide précieuse pour soutenir cette annonce dans l’ordinaire de la vie.
– Contribuer à la Paix
11. Le Jubilé 2025 célébrait l’anniversaire de la naissance de Jésus, par laquelle a retenti dans le ciel le chant des anges « Gloire à Dieu, et Paix sur la terre aux hommes qu’Il aime !”. À la clôture de cette année, la guerre continue de sévir en bien des pays. Beaucoup d’entre nous le savent dans leur chair, pensant à leur famille présente en ces pays. Nous sentir impuissants et nous résigner à la guerre en de si nombreux lieux de la planète serait un grave défaut d’espérance. Travailler à accueillir la paix comme un don de Dieu est un travail de tous les jours, dans le tissage patient d’une fraternité authentique au sein de nos communautés, dans l’apprentissage des paroles de réconciliation, comme dans le soutien apporté aux plus fragiles. Ce sont là quelques pistes où notre responsabilité est naturellement engagée. Mais nous pouvons aussi penser à notre maison commune, dont il nous faut prendre soin, ou encore à l’ouverture aux croyants d’autres religions, si nombreux en Val-de-Marne, pour chercher ensemble les chemins de Paix où Dieu attend toute l’humanité.
– Partir des pauvres
12. Clameur des pauvres et clameur de la terre se rejoignent, comme nous l’enseignait le pape François. Nous savons aussi que “lorsqu’un pauvre crie, le Seigneur entend” (Psaume 33). Dieu répond, notamment à nos cris, par ceux qui se font proches… vous le savez bien. Le Seigneur Jésus, lui-même, ne se fait-il pas reconnaître sous les traits de l’humanité blessée, vulnérable, fragile… ? Si nos communautés se développent sans donner leur place aux plus vulnérables d’entre nous, annoncent-elles encore l’Évangile ? Et, y aurons-nous toujours notre place, nous qui cachons si souvent nos pauvretés et nos vulnérabilités ? Fraterniser avec les plus pauvres est non seulement une exigence évangélique, mais aussi un chemin de salut, un chemin qui guérit et appelle la vérité. Les plus pauvres doivent être au centre de notre vie, parce que c’est la route de l’Église. Le Seigneur nous en a donné l’exemple.
Marcher ensemble
13. Le pape François a engagé toute l’Église à trouver le rythme d’une « marche ensemble” : « Todos ! Todos ! Todos !”, avait-il clamé aux JMJ de Lisbonne, dans une parole qui a marqué les jeunes du monde entier. Le pape Léon XIV nous confirme sur cette route, car c’est l’ADN même de l’Église que de rassembler. Là aussi, il nous reste encore beaucoup à faire pour mieux nous accueillir, nous transformer et nous entraider, afin que l’annonce de Jésus nous fasse marcher véritablement ensemble.
– S’accueillir
14. L’Église est fondée et constituée par l’appel personnel de Dieu qui nous fait frères et sœurs, les uns des autres. « Il n’y a plus ni juif, ni grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus” (Ga 3, 28). Comme dans nos familles, nous ne nous choisissons pas. C’est le Seigneur qui nous a appelés et choisis pour nous constituer comme son Église en Val-de-Marne. Personne n’y est étranger. Chacun, chacune y a sa place. Toutes nos différences, lorsqu’elles sont dépassées par l’amour, sont autant d’occasions de nous réjouir du travail intérieur qui édifie la communauté et pose un signe qui étonne. Accueillir de nouveaux membres envoyés par le Seigneur, comme Ananie a su accueillir Paul après sa conversion (Ac 9, 17), est une responsabilité de tous. Le concile provincial pour toute l’Île-de-France nous y préparera. Notre contribution sera essentielle. Mais, l’accueil ne se limite pas aux nouveaux. Les paroissiens présents depuis plus longtemps se connaissent-ils vraiment ?
– Changer
15. L’appel à se convertir, à changer de style de vie, ne cesse de retentir à travers l’histoire du peuple de Dieu. Le Seigneur ne prend pas plaisir à la mort de celui-ci, « mais bien plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive. Retournez-vous ! Détournez-vous !” (Ez 33, 11). La conver
sion concerne aussi l’animation de nos communautés. La transformation synodale appelle à soutenir notre marche ensemble, en convertissant ce qui lui fait obstacle. Je souhaite que cette nouvelle étape, engagée par notre diocèse sur la voie de la synodalité, soit l’occasion de relire les justes postures de chacune, chacun, dès lors que nous avons une responsabilité auprès des autres. Il est vital que nous nous aidions à discerner, ensemble, les appels du Seigneur aux transformations nécessaires.
– S’entraider
16. Enfin, fort de son expérience de n’avoir été soutenu par personne (Cf. 2Ti 4, 16), Paul encourage les Thessaloniciens à soutenir les faibles (Cf 1Th 5, 14). Dans notre Église diocésaine, la dimension d’entraide et de solidarité doit nous habiter. Durant les années qui viennent, l’occasion sera donnée à chacune de nos paroisses de comprendre de façon plus active la solidarité interne à toute l’Église diocésaine, pour que l’Évangile puisse être annoncé en toutes circonstances et en tous lieux du Val-de-Marne. Là aussi, il s’agit d’un signe concret qui atteste combien nous sommes animés d’un même désir, celui d’annoncer Jésus Sauveur, d’en vivre, et de le faire connaître à tous.
17. Que le Seigneur bénisse abondamment ces trois années qui viennent. Il nous y attend et sera tous les jours avec nous pour une heureuse transformation pastorale missionnaire. C’est, aujourd’hui, notre acte de foi et notre prière.
En la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, le 4 janvier 2026
+ Dominique Blanchet
Évêque de Créteil


